Autonomie

De l'Autonomie d'un point de vue moral

On le sait, c'est un concept central de la philosophie de Kant. Et ce n'est pas tout à fait un hasard que ce soit ce terme que l'on retrouve dans le débat sur l'université puisqu'aussi bien l'autonomie apparaît comme ce qui ne peut pas ne pas être désiré. 1

C'est bien parce que le terme a cette connotation morale que le débat sur l'université est si facilement biaisé comme si refuser la LRU était refuser la liberté et équivalût à revendiquer le conservatisme le plus étriqué, à maintenir un système dont par ailleurs on se plaindrait! C'est oublier un peu vite que le refus de la LRU s'il peut cacher des options assez diverses, signifie d'abord le refus de cette autonomie-ci et non le refus de la liberté qui serait effectivement assez paradoxal.

Trois rappels à propos de Kant

Le criticisme

La question morale s'entend dans la perspective d'une philosophie critique qui, révolution copernicienne oblige, inverse le rapport entre le sujet et l'objet. Sortir du dilemme insoluble entre rationalisme métaphysique et empirisme trop aisément sceptique revint pour Kant à se poser la question des conditions de possibilité de la connaissance, puis de l'action. Si toute connaissance dérive de l'expérience, elle ne s'y réduit ni résume. En réalité si l'expérience sensible donne une matière aux objets de la connaissance c'est notre entendement qui leur donne une forme : les catégories.

En conséquence Kant dépasse la contradiction entre dogmatisme et scepticisme en indiquant que loin d'être la simple reproduction de la nature réelle d'un objet, la connaissance vraie est relative à la structure a priori du sujet.

«La raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans.»

C'est l'impossibilité d'une connaissance absolue du réel que signe Kant puisque l'a priori - pur concept de l'entendement ne fournit aucune connaissance. Rendant par là impossible toute métaphysique qui se voudrait science.

«Je dus abolir le savoir, dit Kant, pour faire une place à la croyance.»

En effet, il est désormais possible de penser comme objet de croyance ce qu'il est interdit de connaître comme objet de science: il ne faut plus croire qu'on sait mais savoir qu'on croit.

La question morale

Il est tout à fait révélateur qu'elle apparaisse entre celle de la connaissance et celle de la religion. L'ordre des quatre questions - Que puis-je savoir Que puis-je faire Que puis-je espérer ? Qu'est-ce que l'homme- qui fondent la philosophie a un sens précis : tout se ramène à la dernière qui, d'une certaine manière intègre les trois précédentes. La science n'a de sens que comme instrument de sagesse, instrument absolument nécessaire, mais instrument seulement !

Parvenir à la sagesse c'est :

une harmonisation convenable de tous les savoirs et de toutes les habiletés jointes à l'intelligence de leur accord avec les buts les plus élevés de la raison humaine.

Mais ceci signifie aussi que l'on ne peut tirer des sciences aucun fondement pour la morale. Les sciences disent ce qui est, on n'en peut tirer ce qui doit être. C'est assez dire que nous devons tirer de nous mêmes les principes de notre action. La foi, d'un autre côté, qu'elle porte sur Dieu ou la liberté ne peut être fondée rationnellement ni donc donner lieu à une doctrine d'où l'on puisse tirer des préceptes à notre action. Procéder rationnellement reviendrait à nier la liberté .

La question morale révèle au contraire notre propre liberté puisqu'elle la suppose. Tout inconcevable qu'elle soit pour la raison théorique, la liberté est la raison d'être du devoir qui sans elle n'aurait pas de sens. Kant place ainsi la question morale où elle se pose, dans l'obligation où nous sommes d'agir et donc de nous déterminer en fonction de préceptes que nous ne pouvons déduire rationnellement.

Fonder la morale sur le devoir mais le devoir sur la liberté de notre volonté c'est mettre l'homme au coeur du dispositif. Et l'on n'a pas tort de voir en lui l'origine et l'appui yhéorique des droits de l'homme. Que les principes de notre action ne se puissent définir ni d'en haut (Dieu) ni d'en bas (le déterminisme) illustre la position certes inconfortable de l'homme déchiré entre deux déterminismes, mais féconde en elle-même parce qu'elle se déploie en terme de liberté.

De la même manière que chez Kant, Comte lui aussi mettra en avant la nécessité d'une théorie première, d'un principe sans quoi rien n'est possible. Il n'en tirera pas les mêmes conséquences mais on en retiendra la nécessité d'un principe.

 

La foi en «Dieu, la liberté et l'immortalité», qui apporte aux hommes le bonheur et fonde la paix sur terre, ne saurait cependant, selon Kant, être («dogmatiquement») fondée en raison et érigée en doctrine ou idéologie. Aussi sa critique met-elle en garde contre l'idée qu'il serait possible de procéder en la matière par démonstration. Cela reviendrait en effet à nier la liberté de l'esprit humain. C'est en ce sens que Kant avait critiqué la raison dans la Préface de la seconde édition (1787) de la Critique de la raison pure: «Je devais donc supprimer le savoir, pour trouver une place pour la foi» (9), c'est-à-dire pour ouvrir la voie à des certitudes morales correspondantes, au niveau de l'existence humaine. La raison pure «ouvre des vues sur des articles de foi» (10), ni plus ni moins.

Kant établit une distinction fondamentale entre ce qui est obligatoire et ce qui est nécessaire. L'obligation (morale) ne doit pas être confondue avec la nécessité (physique). Tandis que la science ne nous fait connaître que la nécessité des phénomènes (de la nature), la morale nous révèle notre propre liberté. Inconcevable pour la raison théorique, qui soumet tous les phénomènes à la loi de causalité, la liberté est, en revanche, pour la raison pratique, la raison d'être du devoir-être. Car le devoir serait un non-sens si nous n'avions pas la possibilité de l'accomplir ou de nous y dérober, c'est-à-dire si nous n'étions pas libres. La morale ne peut être fondée, affirme Kant, ni dans le ciel ni sur la Terre: elle ne peut être fondée qu'en nous-mêmes, qui sommes des êtres raisonnables et libres. C'est en ce sens que la liberté est le postulat fondamental de la morale


1) C'est d'ailleurs le sens de l'article récent de B Latour

2) les catégories

QUANTITÉ

QUALITÉ

RELATION

MODALITÉ

UNITÉ RÉALITÉ SUBSTANCE ET ACCIDENT POSSIBILITÉ IMPOSSIBILITÉ

PLURALITÉ

NEGATION

CAUSALITÉ ET DÉPENDANCE

EXISTENCE- NON-EXISTENCE

TOTALITÉ

LIMITATION

COMMUNAUTÉ (ACTION RÉCIPROQUE AGENT/PATIENT

NECESSITE - CONTINGENCE

3) sur Marx, Kant et la morale on pourra lire ceci