Les
bourrasques parfois emportent avec elles ce qu’il reste d’été malaisément
accroché aux branches déjà disposées à la défaite ; des mains empesées de
sueur soutirent les ultimes rançons d’une terre épuisée de tant de
sarclage ; et là-bas, au loin, dans le rougeoiement taciturne du
crépuscule, sous les transparences opaques de brumes trop grises pour
n’être pas menaçantes, s’élève l’écho à peine déformé, insidieusement
travesti des clabauderies animales. Je n’ai jamais su quoi, des
bigarrures jaunâtres ou des frimas précoces, me faisaient craindre mais
espérer en même temps ces prémices de flétrissure qu’on nomme automne !
Comme pour mieux nous narguer, la socialité nous invite à
confondre en un même mouvement le terme de la chaleur et le début de
l’apprentissage comme si les lieux d’apprentissage étaient les vestibules
de la mort quand ils demeurent juste à l’opposé la promesse de l’aube !
Je sais aujourd’hui ce que les rues saccagées de feuilles
jaunies, que les bigarrures chamarrées des forêts essoufflées, ce que les
matinées trop embrumées peuvent receler d’invraisemblable odyssée.
C’est à toi que je le dois, toi si petit, si courageux ;
toi si empressé d’empoigner la vie et de ne la rendre point.
Il y avait tellement de regards, tellement de tendresse,
tant d’amour à t’accueillir dans la communauté des hommes : tu ne pouvais
que t’y obstiner.
Je sais ton regard avide de découverte ; je devine tes
sourires et j’attends avec muette fierté ces premiers mots qui signeront
ta verve.
Un tout premier anniversaire dont tu ne garderas aucun
souvenir mais qui sera, à jamais, dans les larmes de ta mère, dans les
tremblements de ton père, comme l’oriflamme d’une victoire. La tienne ! la
leur !
La vôtre !